Lettre ouverte à ma méchante belle-mère

Par où commencer?

Je n’arrive pas à croire que c’est aujourd’hui que j’ai enfin trouvé le courage nécessaire pour t’écrire et exprimer ce que mon cœur a gardé en lui pendant beaucoup trop d’années.

Pourquoi aujourd’hui? Pourquoi pas plus tôt?

Je n’étais pas prête. J’avais un cheminement personnel et des prises de conscience à faire. Mais surtout, j’avais trop peur. Et je t’avoue que la peur est toujours là en arrière-plan… mais je décide aujourd’hui de prendre ma peur par la main comme on prend la main d’un jeune enfant en traversant la rue. C’est le seul moyen qui me permet de me libérer de son emprise.

Mon intention en t’écrivant cette lettre, aussi étrange que cela puisse paraître pour toi, c’est de te pardonner pour me libérer. Je veux faire la paix avec mon passé! D’abord parce que je ne peux pas le changer. Je peux seulement l’accepter et intégrer les leçons qu’il avait à m’apprendre. Aussi, parce que je mérite d’être heureuse.

Je me suis posée la question suivante :

Et si je quittais ce monde demain, ce serait quoi mon plus grand regret ?

  1. Ne pas avoir eu le courage de vivre ma vie de la manière que je l’entends, selon mes aspirations, mes rêves, mes principes et mes valeurs.
  2. Le fait que mes parents et mes proches ne sachent pas qui Je Suis et le rôle qu’ils ont joué dans mon histoire.

  3. Ne pas avoir été vraie, de ne pas avoir su exprimer mes sentiments, autant positifs que négatifs.

Combien de personnes attendent d’être sur leur lit de mort pour dire à leurs proches ce qu’il ont sur le coeur? Je ne veux surtout pas attendre jusque-là. Voilà pourquoi c’est important pour moi de te dire comment je me suis sentie face à toi. 

Je dois te dire que j’ai été beaucoup blessée par tes paroles, mais encore plus par ton non-verbal. Ton regard et ta froideur m’intimidait tellement. Encore aujourd’hui, je me sens toute petite et vulnérable quand je suis près de toi. 

J’ai appris à mettre des mots sur ce que j’ai vécu et c’était de la violence psychologique et de la violence mentale.

Je n’étais qu’une enfant et je ne pouvais pas me défendre contre toi qui jouait un rôle de toute puissance parentale, quoique tu n’étais pas mère. J’étais prise entre deux parents qui n’ont jamais su se pardonner… qui se sont battus pour avoir ma garde, qui se sont dénigrés l’un et l’autre dans le dos. J’ai vécu l’expérience de familles recomposées, les dynamiques malsaines, les beaux-parents qui veulent prendre la place d’un parent. Je comprends que la situation n’a pas dû être facile pour toi avec mon père et ma mère et heureusement qu’à certains moments, tu étais là pour faire la médiatrice entre les deux.

J’étais tellement en colère parce que c’était toi qui prenait les décisions pour moi, au lieu de mon père. C’était toi qui signait mes choses d’écoles. Je me souviens d’une fois où tu avais signé un papier d’école qui disait “Je suis fière de toi quand…” et tu avais répondu “quand tu es raisonnable, quand tu t’occupes de ta petite sœur et quand tu te ramasses, fais la vaisselle, quand tu as des bonnes notes à l’école”.

J’étais prête à tout pour que tu sois fière de moi et pour ne pas que tu chiales. Malgré le fait que je faisais tout ça et bien plus, je n’ai jamais vraiment senti cela. J’ai eu l’impression que je ne serais jamais à la hauteur, d’être une moins que rien, que je ne serais jamais correcte et digne d’Amour. Et j’ai compris que ce n’était pas une bonne affaire que je m’affirme. Cela est resté marqué et j’apprends aujourd’hui à déprogrammer ces phrases et comprendre que tout cela n’est pas vrai.

Ce que je voulais le plus, en tant qu’enfant, c’était de ne pas être une enfant, mais bien une femme… parce que je me disais qu’enfin je serais respectée et que mon opinion aurait de la valeur à tes yeux. J’ai eu honte de ne pas avoir de seins et d’être mince. Et tes commentaires qui me comparaient au corps de mes amies m’ont beaucoup blessée.

J’ai eu la chance d’avoir des amies et les parents de mes amies qui me comprenaient et c’est arrivé plusieurs fois où j’arrivais chez elles et j’éclatais en sanglots puisque je n’avais pas d’autre moyen d’exprimer toute cette tristesse que je ressentais à l’intérieur.

Je t’ai tellement détestée.

J’ai tellement ragé de l’intérieur.

Je ne savais tellement pas quoi faire avec toutes ces émotions accumulées et que j’ai voulu enterrer au plus profond de moi-même. Je me sentais tellement seule avec un sac beaucoup trop lourd à porter.

Je me suis toujours demandée ce que mon père faisait avec toi. Comment pouvait-il être heureux avec une femme qui n’est pas heureuse?

J’ai compris beaucoup plus tard que le problème n’était pas moi. 

Ce que j’ai toujours trouvé le plus difficile, honnêtement, c’est la négativité. Je ne sais pas si tu sais à quel point cela affecte les gens autour de toi… 

Aujourd’hui, je sais que tu as fait le mieux que tu pouvais, avec ce que tu as appris.

Je sais que tu as tes blessures à toi aussi. Je ne peux rien demander de plus à toi et à mes parents. Je ne peux pas réécrire mon histoire.

Je n’ai pas écrit cette lettre pour me victimiser. Au contraire, c’est pour ne plus être victime de mon passé.

C’est maintenant à mon tour de prendre soin de moi, d’être le parent idéal que j’aurais voulu pour moi. De m’aimer sainement, de m’engager dans ma relation à moi et de me faire du bien.

Les meilleurs souvenirs que j’ai avec toi sont quand on magasinait… parce que c’est là où on était le plus proche. C’était un moment privilégié entre filles. Mais vient un temps ou l’Argent et le matériel ne peut pas acheter ni remplacer l’Amour. Des moments riches en émotions, ça ne s’achète pas. Ça n’a pas de prix.

Tu es une bonne personne. Au fond de toi, je sais que tu l’es. J’aurais aimé connaître cette partie de toi. Il y a un enfant qui est toujours en toi, que tu as peut-être oublié, mais qui te demande de jouer, de t’amuser, de rire, d’aimer, d’explorer de nouvelles choses et d’aimer la Vie.

Le temps passe… plus vite qu’on ne le croit. Je suis ici sur Terre de 1994 à 20_ _ pour grandir, transmettre et recevoir le plus d’Amour possible.

Toi, qu’aimerais-tu laisser en héritage ici-bas?

Il n’est pas trop tard pour changer, pour demander de l’aide, pour prendre soin de la relation avec ta fille, mon père et tes autres relations. 

Je te demande pardon de t’avoir autant détestée sans te le dire en pleine face. Je n’ai plus envie d’entretenir de la haine envers toi. Après tout, je te remercie de ta présence dans ma vie… parce que sans toi, je n’aurais pas été aussi forte. Je ne serais pas devenue la femme que Je suis.

Je ne pouvais pas imaginer dire ça un jour ! J’y arrive aujourd’hui, mais je ne changerais rien parce que c’était le terrain parfait pour que mon âme évolue.

Je fais le choix de te pardonner.

Je te pardonne pour me libérer, pour voyager plus léger parce que je n’en peux plus de tenir toutes ces émotions négatives à l’intérieur de moi.

Tu es digne d’Amour

 Aime-toi

Et surtout pardonne

Laisse-couler les larmes sur tes joues

Donne-leur de l’importance

Grâce aux émotions, tu es en vie

Je t’aime

Après tout, nous ne faisons qu’Un.

Je te souhaite ce qu’il y a de plus beau sur cette Terre

Ta belle-fille 

Laissez-nous un petit commentaire au passage !

Valérie Brassard Lepage alias Vie est une humaine qui voit la vie en mauve. Elle est habitée par une force qui l'incite à communiquer de façon authentique. Ambitieuse et optimiste, elle croit que nous pouvons changer notre monde par l'éducation et la rééducation, à condition de faire la paix avec son passé.

© 2018 Mademoiselle Mymy. Tous droits réservés.

Support technique  : Mélanie Galipeau et Christian Cardin

Politique de confidentialité

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?