À TOI, L'ENFANT QUE JE N'AI PAS

Mon bel amour, mon enfant, tu n’existes pas encore et je ne sais pas si j’aurai un jour la force de t’accoucher. Toute ma vie, j’ai pensé à toi. Jeune, je me voyais te tenir dans mes bras et grandir avec toi, puis les choses se sont corsées un peu.

Je suis devenue une « maman » à temps partiel. J’ai enseigné, j’ai éduqué. J’ai gardé de jour et de nuit. J’ai bercé beaucoup d’enfants. Je leur ai tenu la main et mouché le nez. Je les ai aidé à étudier et jouer à la cachette. J’ai changé leur couche et les ai bordé. On a rit puis on s’est chicané. J’ai beaucoup pleuré et j’ai beaucoup souri. Je me suis souvent découragée en me sentant inadéquate, puis j’ai été émue. Mais, chaque fois, leurs sourires me rappelaient que l’amour transcende tout, même nos souffrances, même nos limites, même nos différends.

Alors, je restais, je continuais, je ravalais, mais je me fatiguais beaucoup. Ça fatigue les enfants tu sais. Je le sais, j’en suis une et maman aussi est fatiguée. Parce que moi aussi j’ai crié, j’ai pleuré et fait le bacon. Parce que moi aussi j’ai été tantôt facile, tantôt difficile.

Le truc, c’est qu’avant je ne savais pas tout ce que ça impliquait de te donner la vie. Les caresses et les petits coups de poignards dans le coeur après un « je te déteste » ou des impolitesses difficiles à avaler. Les fous rires. L’inquiétude et les remises en question. Les crises, les réconciliations plus douces que le miel et parfois plus amères que le pamplemousse. La fierté incommensurable de qui tu es et ce que tu fais. Les moments touchants. Les moments de féérie à naviguer dans un monde imaginaire. Les souvenirs inoubliables. L’ennui. La routine. Les microbes. La magie. La pureté. Les bisous. Les petites mains qui tirent sur mon chandail. Les dégâts. La collection de dessins et de bricolages. Mon nom que je ne veux plus entendre. Ton nom que je répète sans arrêt. Ton petit minois. Ton amour inconditionnel. Mon amour inconditionnel.

Tout ça je l’ai vécu mon amour alors que toi tu n’es même pas encore né. Mais malgré tous ces bons moments maternels et tendres, je me suis fatiguée, épuisée, dans mon coeur et mon corps, jusqu’à ne plus savoir s’il y avait de la place pour toi dans mon ventre et ma vie.

J’ai l’impression d’avoir été maman des dizaines de fois et pourtant je ne le suis pas encore. Et depuis un an maintenant, je ne sais plus si j’en ai envie de cette maternité, de toi et moi, à la Vie à la Mort.

C’est tabou pour une femme d’affirmer cela,  d’autant plus quand cette femme a aimé et travaillé avec des enfants toute sa vie. Mais après douze ans à apprendre comment être une adulte signifiante, compatissante, encadrante et aimante, je ne suis plus certaine d’être cette adulte et d’avoir la fibre et les nerfs qu’il faut pour passer à travers.

C’est comme si la magie, les étincelles et le monde imaginaire que j’avais tellement envie de partager avec toi s’était terni. Comme si, je n’avais plus la même patience, le même émoi, le même émerveillement…et je m’en veux pour ça. De me tanner plus vite. De ne plus avoir la larme à l’oeil à chacun de tes dessins. De ne plus m’extasier de tout et de rien. Je soupire plus souvent. J’ai des cernes sous les yeux. Je vieillis mon amour, mais toi tu n’as même pas commencé à naître. Ta maman est déjà fatiguée. Et ta maman, elle aurait voulu t’offrir le meilleur et rien de moins, mais je ne suis même pas certaine de pouvoir t’offrir le minimum, le juste assez, celui qui éviterait que tu grandisses le coeur trop plein de trous et de carences, plein de colère et de tristesse, l’âme endolorie et en manque de moi.

J’ai peur de ne pas avoir la force de gérer tout ce que ton arrivée impliquerait.

Peur d’avoir trop de démons pour bien réagir ou pour t’emmener aux pays des merveilles, danser et chanter sans limites. Peur que le soleil ne brille plus assez fort en moi quand je me sentirai prisonnière de notre routine et de toi. Je sais c’est égoiste de dire ça. J’ai peur de manquer d’air. Peur d’avoir besoin d’une liberté que je ne pourrais plus m’offrir alors que j’en ai tellement manqué.

Mais aujourd’hui, il y a cette petite fille devant moi qui regarde son papa avec des yeux plus grands que nature et qui me rappelle ce que ça pourrait être toi et moi. Et me voici, me voilà à repenser à toutes ces fois où j’ai souhaité te raconter des histoires magiques qui feraient briller tes yeux, te tricoter de l’amour et t’apprendre la vie. Ces soirées à écrire sur toi et à faire de ces petits moments routiniers et banals des moments grandioses juste pour le plaisir de te voir sourire.

Au fond, j’y pense encore des fois. À toi, l’enfant que je n’ai pas. Et je me dis que quand je rencontrerai ton père, je saurai que c’est le tien et qu’ensemble nous y arriverons pour toi, à devenir parents.

Mais peut-être pas…

J’accepte aussi l’éventualité que ce ne sera peut-être pas un défi pour moi, dans cette vie, d’être ta maman. Mais si un jour nos chemins choisissent de se croiser je te promets que malgré les doutes et la peur je te donnerai le meilleur de moi et que je ferai tout pour garder le coeur le plus vierge possible pour m’émerveiller encore et encore de toi, malgré l’usure, malgré le temps qui passe, malgré la course folle, la déprime et la routine.

Je t’aimerai comme on aime une étoile filante et je te regarderai filer le sourire aux lèvres, avec le recul d’une maman qui sait que son enfant lui est prêté, le temps de s’aimer, de grandir ensemble et de faire la paix.


 

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Écrivaine spécialiste des mots du coeur, Mymy cherche à inspirer et apaiser les coeurs pour répandre de l'espoir dans le monde ! Son premier recueil de textes Mon carnet antinaufrage s'est frayé une place significative dans le coeur des gens !

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